2012 : 800 ans de la fondation des Sœurs pauvres par sainte Claire
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Écologie

De Wikitau.

Sommaire

[modifier] L’écologie, une urgence de notre temps

Le pape Jean Paul II a proclamé François d'Assise « le Patron céleste des écologistes ». Ce n'est pas par désir d'ajouter encore à la renommée du pauvre d'Assise, mais parce que l'Église ne peut se désintéresser de nos modes de vie et du sort que nous faisons subir à notre environnement. François, homme d'Évangile, demeure pour tous un exemple dans sa relation à l'ensemble de la création et dans son propos de se comporter en frère universel. Les hommes du XXI°siècle s'inquiètent à juste titre du sort qu'ils font subir à leur environnement naturel, tant à cause de l'accroissement rapide de la population, qu'en raison de la surexploitation des ressources que l'on pensait autrefois inépuisables. A la crainte de manquer des biens nécessaires à la vie s'ajoute le matérialisme qui ne considère les biens matériels que du point de vue de leur utilité ou de leur valeur marchande.

La tradition judéo-chrétienne s'est exprimée dans la Bible sur la place de l'homme dans la nature. Il existe une doctrine chrétienne sur l'homme dans la création, à partir des récits bibliques sur l'origine, à partir des psaumes de louanges associant la nature à la louange de Dieu par le ministère des créatures spirituelles, à partir des récits de l'intervention de la Providence divine sur le monde dans lequel l'homme doit vivre. La doctrine christologique, puisée surtout chez saint Paul, voit dans le Christ celui par qui et pour qui tout a été créé, celui qui "récapitule" les œuvres de Dieu et les oriente vers leur finalité : le salut de l'humanité en Jésus-Christ roi de la création.

Mais à l'intérieur de la tradition chrétienne, I'attention portée à cette doctrine a varié selon les époques et a même parfois subi quelque éclipse, par exemple lorsque à l'intérieur de la spiritualité monastique, on a développé excessivement une ascèse de mépris du monde créé, jusqu'à prôner un spiritualisme désincarné.

[modifier] Le recours à François d'Assise

Aujourd'hui, on se réclame volontiers de François d'Assise pour trouver dans sa vie et son message une réponse chrétienne aux préoccupations des écologistes. Mais ce recours peut être plein d'ambiguïté.

Par exemple, les romantiques du XIX°siècle, disciples de Jean-Jacques Rousseau qui admiraient en François un type d'homme en harmonie avec la nature (le paysage, les animaux, les fleurs, bref la beauté dite naturelle) sans pour autant accéder au message spirituel de François qui voyait en toutes les créatures une manifestation du Créateur. D'un certain point de vue, ils faisaient de François un homme mythique, précurseur d'un âge d'or désiré depuis les origines, en souvenir du paradis terrestre. Ils ignoraient, par contre, les exigences évangéliques de détachement, d'ascèse, de spiritualité de la Croix, de retour à Dieu, telles que les proposait François.

Autre exemple. Ceux qui, les premiers, ont demandé au pape Paul Vl de déclarer François Patron céleste des écologistes, furent les « amis des bêtes », qui souhaitaient que l'Église proposât une doctrine sur l'âme des bêtes ! Ils s'attendrissaient surtout sur les récits des biographes primitifs qui rapportent des faits merveilleux montrant l'amour de François pour les animaux. Dans cette perspective, le saint d'Assise apparaît comme une transposition moderne du mythe d'Orphée qui par ses chants charmait les bêtes sauvages. Le récit charmant des Fioretti sur le Loup de Gubbio peut faire l'objet d'une lecture réductrice, un peu comme une fable qui contribue à asseoir ce mythe. Dans l'imaginaire des enfants du mouvement des louveteaux, il est possible, si l'on n'y prend garde, de réduire la figure de François au niveau du héros du Livre de la Jungle qui, lui aussi, sert de référence à l'idéal scout. Un autre détournement, beaucoup plus grave et conséquent est celui de quelques intellectuels qui veulent opposer François à ce qu'ils pensent être une doctrine traditionnelle du catholicisme, selon laquelle l'interprétation catholique du récit de la création, dans ce Livre de la Genèse, et l'invitation faite par Dieu à Adam de dominer la terre et de la soumettre, aurait autorisé, justifié toutes “exploitations” abusives de la nature, surtout dans l'ère industrielle de l'Occident chrétien. Or ces paroles de la Genèse, qui invitent l'homme à travailler ici-bas pour humaniser la terre, ont pour but de lui rappeler que tout lui vient de Dieu qui lui a assuré ici-bas ce qui est nécessaire à sa vie et à son épanouissement, et lui signifient que sa condition de créature spirituelle, intelligente et appelée à la liberté, est très supérieure à la condition créée des animaux et des êtres matériels. Il n'y a donc pas lieu d'opposer François d'Assise à cette doctrine biblique traditionnelle. D'ailleurs François vivait dans un monde chrétien qui lisait et connaissait la Bible et qui trouvait dans la liturgie le commentaire commun de ces pages de la Bible.

[modifier] Le vrai regard de François...

Mais il est vrai que François a inauguré une attitude fraternelle vis-à-vis du monde, dans la logique même de la Bible qui décrit la création comme le lieu du salut de l'humanité, et comme le livre de la révélation de la puissance et de la bonté du Créateur. François a une vision globale du dessein de Dieu-Créateur. La création est une œuvre d'amour qui vise l'accomplissement des créatures spirituelles appelées à connaître et à aimer Dieu-Trinité. L'histoire des créatures spirituelles a été affectée par les péchés des hommes, toute la création s'en trouve déviée, mais le Christ-Rédempteur est venu réconcilier l'ensemble des créatures avec Dieu. Cette réconciliation redonne beauté et harmonie à l'ensemble du créé. L'homme désormais racheté par le Christ devrait s'orienter à nouveau vers Dieu dont il découvre la bonté à son égard, précisément dans la contemplation de l'œuvre créée. La rectification de son regard sur les créatures et la réordination de ses relations avec elles témoignent de son accueil du salut. C'est pourquoi les biographes de François ont vu en lui un homme réconcilié, un homme nouveau qui se promène libre au milieu des créatures et se fait parmi elles le chantre de la nouvelle création. L'homme réconcilié devient capable de lire dans les créatures la manifestation de la Trinité-créatrice, à travers ses attributs de puissance, de sagesse et de bonté. Lorsque l'homme réconcilié contemple la beauté créée et la gratuité de tous ces dons, il se tourne avec bonheur vers le Souverain Bien et comprend l'immense fraternité qui le lie à chacune des œuvres divines. Ce sentiment de fraternité universelle lui fait tout attendre de la munificence du Père, qui selon l'enseignement de Jésus, n'oublie aucune de ses créatures.

Comme on le voit cette conception est très éloignée de la vision de l'univers qui inspire les écologistes contemporains. Ils se meuvent dans un univers qui est clos sur lui-même, et ils portent sur la nature un regard d'évaluation, de désir, de possession. Au mieux, ils ne développent que des considérations humanistes, rationnelles, scientifiques ou esthétiques...

On ne peut cependant le leur reprocher, compte tenu du lieu d'où ils parlent. Il faut d'ailleurs leur accorder la préoccupation sincère d'une harmonie à établir entre les nécessités des humains à satisfaire et la préservation d'un environnement indispensable à la santé physique et mentale et au bien-être de l'humanité. Mais nous mesurons alors combien peut leur être utile comme point de vue complémentaire ou même comme ouverture nécessaire, le recours au discours des religions, et particulièrement de celles qui ont une doctrine de la création. Dans la mesure où le message d'Assise est accueilli avec sympathie, même chez ceux qui sont apparemment éloignés de notre foi, nous avons la responsabilité de le faire encore retentir, de le proposer à nos contemporains.

[modifier] ...Attitudes qui en découlent

Nous pouvons tenter de résumer en quelques lignes les sentiments et les attitudes pratiques de François d'Assise, commandés par sa vision du monde créé par Dieu.

  • En premier lieu, l'accueil : François accepte avec bienveillance la rencontre de tout être créé. Il n'en redoute aucun parce qu'il perçoit en chaque créature une bonté foncière et un message dont il est porteur, un sens à découvrir. Il n'imagine pas, comme certains manichéens de son temps que la création matérielle puisse être l'œuvre d'un dieu mauvais. Il n'y a pas de mal absolu dans un monde créé par le Souverain Bien.
  • Ensuite, I'admiration, la contemplation. François saisit d'emblée la beauté de l'existant, et la contemple, au-delà des apparences, car il voit en chaque être au moins la trace, le reflet, de Celui qui le fait être. Thomas de Celano a plusieurs fois souligné cette disposition de François qui lui fait découvrir en tout être l'Artisan suprême. C'est l'application concrète de la théologie augustinienne fondée sur l'exemplarisme : la Puissance, la Sagesse, la Bonté divine transparaissent en chaque être et nous renvoient aux trois personnes de la Trinité-créatrice.
  • La Fraternité universelle. Tous les êtres étant issus d'un même amour créateur ont entre eux une parenté étroite, d'autant que Dieu révèle son dessein de salut aux créatures spirituelles qui bénéficient de l'environnement et de la disposition du monde matériel. Le bon usage des créatures, la bonne relation avec elles balisent l'itinéraire de l'homme vers Dieu.
  • Cette fraternité universelle s'ordonne en dépendance du Christ, premier-né des créatures, lui « qui suffit à Dieu », et qui est l'acteur de la réconciliation de tous les êtres, avec Dieu et entre eux. C'est ce qui permet à François de discerner dans les êtres les plus infimes des créatures aimées de Dieu qui les a voulues, et dans les créatures spirituelles des êtres capables, en toutes circonstances, de répondre à l'amour de Dieu. Comme le développera plus tard saint Bonaventure, il n'est au pouvoir d'aucune créature de détruire en elle sa ressemblance avec Dieu-Créateur, à moins de s'anéantir. Si voilée que soit l'image de Dieu, par le péché ou la déchéance, elle reste toujours susceptible d'être dévoilée et pleinement restituée. D'où la grande compassion de François pour les créatures les plus humbles, et pour les pécheurs les plus endurcis.
  • La gratuité. Aucune créature ne peut revendiquer comme un droit d'avoir été créée. Elle est œuvre de pure gratuité et d'amour. La créature spirituelle qui perçoit cette vérité ne peut que vivre dans l'action de grâces ; comme disait sainte Claire d'Assise, « Je te remercie, ô Dieu, de m'avoir créée ! ». De même, aucune créature ne peut revendiquer ici-bas la possession d'aucun bien.
  • La pauvreté car tout nous a été donné, rien ne nous appartient en propre. Nous ne sommes que des bénéficiaires ou des gérants, et nous aurons des comptes à rendre sur le bon usage de ce qui nous a été confié. Il n'y a pas de séparation, pour François d'Assise, entre la pauvreté spirituelle et la pauvreté en biens matériels ; l'une naît de l'autre, c'est pourquoi il ose écrire : « Soyons en fermement convaincus, nous n'avons en propre que nos vices et nos péchés... >, (1 règle, 17,7), ou encore : « Tous les biens, rendons-les au Seigneur Dieu Très-Haut et souverain ; reconnaissons que tous les biens lui appartiennent. Rendons-lui grâces pour tout, puisque c'est de lui que tous les biens procèdent... » (1Reg.17,17). Dès lors, toute crispation sur les biens mis à notre disposition, toute appropriation exclusive lui paraît être un détournement. On pourrait ajouter : tout gaspillage est une profanation.

« Ce que nous avons reçu gratuitement, donnons-le gratuitement ! » La pauvreté et le partage nous rappellent notre condition de créature, car à chaque instant nous attendons de notre créateur qu'il nous donne la vie et le maintien dans l'être. L'action de grâces est la réponse de l'homme qui prend conscience de cette relation à Dieu, qui a compris une fois pour toutes que tout vient de Dieu comme preuve de son amour.

  • Honorer Dieu Père-Fils-Esprit dans le respect de sa création s'impose donc à chacun comme un devoir. Admirer l'œuvre créée est la condition du bonheur, dès ici-bas. Vivre en harmonie avec l'œuvre créée, c'est-à-dire avec le cosmos, avec les autres êtres, avec nos frères, nous dispose à vivre en harmonie avec Dieu. C'est ici que jaillit, chez François, son Cantique des créatures. C'est pour cela que le Pape Jean-Paul II l'a proclamé, le 29 novembre 1979, Patron des écologistes et de tous ceux qui sont concernés par la protection de l'environnement.
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