2012 : 800 ans de la fondation des Sœurs pauvres par sainte Claire
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François et le Sultan

De Wikitau.

La Preuve par le feu


Saint François n'a de cesse de convertir le sultan Al Malik Abd al Kamil  : c'est l'épisode de saint François délaissant le camp des Croisés pour se rendre à la cour du sultan d'Egypte Al-Malik-al- Kamil, en 1219. Il lui proposa une ordalie : le saint dit au sultan : Si tu veux me promettre, en ton nom et au nom de ton peuple, que vous passez tous au culte du Christ pourvu que je sorte des flammes sans mal, j’affronterai seul le feu

Sommaire

[modifier] Contexte historique

"En 1215, le pape Innocent III ouvre le IV ème Concile du Latran à Rome; il y inaugure une nouvelle réforme de l'Église et lance la cinquième croisade en Terre sainte pour libérer les lieux saints. Face à cet appel à régler les conflits par la violence et la mort, François décide d'annoncer la paix. Le 24 juin 1219, le frère François s'embarque pour l'Égypte où il arrive quelques mois plus tard, s'étant adjoint pour compagnon frère Illuminé et il se retrouve dans le pays du sultan Malik Al-Kamil.

Il se rend aussitôt à Damiette dans le camp des croisés qui assiègent la ville et cherche à les convaincre de renoncer au combat. "Il annonce la paix aux croisés eux-mêmes parce qu'il est bouleversé par les conflits perpétuels entre princes, seigneurs et maîtres des ordres de chevalerie; choqué aussi par la présence d'aventuriers et d'opportunistes de toute sorte. Paix aussi avec l'ennemi. Son intention est claire: rompre avec l'esprit de croisade qui, depuis plus d'un siècle, imprègne les mentalités du monde chrétien."

Puis, raconte le frère Thomas de Celano, François décide de rejoindre le camps adverse à la faveur d'une trêve. Son intention alors est de rencontrer le sultan Malik Al-Kamil en personne pour lui annoncer cette paix de Dieu et dans l'espoir de le convertir.Comme il y avait trêve entre les deux camps il en profita pour approcher de la ville assiégée. En peu de temps, il fut battu et traîné jusqu’au grand Sultan Malik Al-Kamil. Au cours de cette rencontre François découvre la courtoisie du sultan à son égard car François n'a ni l'arrogance des envoyés du légat du pape ni les armes des émissaires des princes. Plusieurs nobles et personnages religieux de la cour assistent aux échanges entre le roi musulman et frère François. Vivant avec eux, François est à même de découvrir que cette "race abominable d'infidèles" sont des priants, soumis au Dieu unique.

François aussi désire être un homme "soumis à toute créature à cause de Dieu" (1 Règle 16,6). La trêve tirant à sa fin, François désire quitter le palais. Pour marquer sa déférence, le sultan lui offre de nombreux cadeaux qu'il refuse. Au moment de l'adieu, le musulman se recommande à la prière du chrétien: "demande à Dieu de m'indiquer la voie à suivre" comme l'y invite le Coran."[1]

[modifier] Le texte de Thomas Celano

C'est pourquoi, la treizième année qui suivit sa conversion, il fit voile vers la Syrie où les chrétiens soutenaient chaque jour contre les païens de durs et d'héroïques combats. Il prit un compagnon et sans crainte partit affronter le Sultan des Sarrasins .

Qui pourrait nous le décrire tenant tête avec intrépidité, parlant avec courage, répondant avec assurance et chaleur à ceux qui insultaient la religion du Christ ? Car il fut arrêté par les gardes avant même d'arriver au Sultan, accablé d'injures et de coups, mais il ne frémit pas ; on le menace de mort, il ne se trouble pas ; on lui promet le supplice, il ne s'émeut pas. Après avoir été le jouet de tant de haine, il fut enfin reçu avec beaucoup de courtoisie par le Sultan qui lui donna tous les signes de faveur et lui offrit de nombreux cadeaux pour essayer de fléchir ainsi son âme vers les richesses du monde. Mais à constater que François repoussait énergiquement tous ces biens, il demeura stupéfait, le regardant comme un homme extraordinaire ; il l'écoutait volontiers et se sentait pénétré par sa parole... Mais ici encore le Seigneur refusa d'exaucer les désirs du saint : il se réservait de lui accorder la faveur toute particulière d'une autre grâce (Chapitre 24, Vita prima )

[modifier] Le récit de Saint Bonaventure

La treizième année de son renoncement au monde, il se rendit en Syrie et s'exposa à des dangers de toutes sortes pour arriver jusqu'au soudan de Babylone. Il y avait alors entre les chrétiens et les Sarrasins une guerre implacable ; les camps des deux armées étaient fort rapprochés, et l'on ne pouvait passer de l'un dans l'autre sans péril d'être massacré, car le soudan avait promis une pièce d'or à tous ceux qui lui apporteraient la tête d'un chrétien. Mais le vaillant soldat de Jésus-Christ, plein de l'espoir d'être bientôt au terme de ses voeux, résolut de se mettre en route, sans se laisser effrayer par la mort, ou plutôt excité par son désir. Après avoir prié, se sentant fortifié par le Seigneur, il redisait avec confiance ces paroles du Prophète : Quand je marcherais

100 au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, parce que vous êtes avec moi (Ps. 22). Ayant donc pris pour compagnon frère Illuminé, homme vraiment digne de ce nom par ses lumières et sa vertu, il se mit en route. Bientôt ils rencontrèrent deux brebis. A cette vue, le saint rempli de joie dit à son compagnon : « Ayez confiance dans le Seigneur, mon frère, car en nous s'accomplit cette parole de l'Évangile : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups (Mat., 10). » Lorsqu'ils se furent avancés plus loin, ils trouvèrent les gardes avancés des Sarrasins, qui, comme des loups, accoururent et se saisirent brutalement des serviteurs de Dieu, leur firent subir des traitements cruels, et après les avoir accablés d'injures et de coups, les chargèrent de chaînes. Enfin, après les avoir maltraités et affligés de toute façon, par une disposition de la divine Providence ils les conduisirent au soudan, selon le désir du saint. Celui-ci leur ayant demandé qui les avait envoyés et quel était le but de leur voyage, François lui répondit sans s'effrayer : « Je ne viens point de la part d'un homme, mais de la part du Dieu très-haut, afin de vous montrer à vous et à votre peuple la voie du salut, et de vous annoncer l'Évangile de vérité. » Ensuite il prêcha avec un tel courage, une telle force et une telle ardeur au soudan le Dieu en trois personnes et Jésus-Christ sauveur de tous les hommes, qu'en lui s'accomplissait clairement cette promesse du Seigneur : Je mettrai en votre bouche des paroles et une sagesse auxquelles vos

101 ennemis ne pourront résister, et qu'ils ne pourront contredire (Luc., 21.). En effet, le soudan voyant le zèle admirable et la vertu du serviteur de Dieu, l'écoutait volontiers et le pressait avec instance de prolonger son séjour auprès de lui; mais François, éclairé d'en haut, lui dit : « Si vous voulez vous convertir à Jésus-Christ, vous et votre peuple, je demeurerai de grand cœur avec vous. Mais si vous hésitez à abandonner la loi de Mahomet pour la foi du Sauveur, faites allumer un grand feu : je le traverserai avec vos prêtres, et vous serez à même de juger alors quelle est la croyance la plus certaine et la plus sainte, et celle qui mérite l'adhésion de vos cœurs. » — « Je ne pense pas, répondit le soudan, qu'aucun de nos prêtres consentît pour la défense de sa foi à s'exposer au feu ou à subir quelque autre genre de tourment. » En effet, il avait vu un de ses prêtres, homme de zèle et déjà avancé en âge, prendre la fuite, en entendant les propositions de François. Alors le saint ajouta : « Si vous voulez me promettre pour vous et pour votre peuple d'embrasser la foi de Jésus-Christ dans le cas où je sortirai sain et sauf du milieu des flammes, je les traverserai seul. Si le feu me fait sentir ses ardeurs, vous l'attribuerez à mes péchés ; mais si la puissance du Seigneur me protége, vous reconnaîtrez que le Christ est la vertu et la sagesse de Dieu, qu'il est le Dieu véritable et le Sauveur de tous les hommes. » Le soudan déclara qu'il n'osait accepter une telle

proposition dans la crainte de voir son peuple se soulever. Cependant il lui offrit des présents considérables et d'un grand prix. L'homme de Dieu, plein de mépris pour les choses de ce monde, et avide seulement du salut des âmes, méprisa tout cela comme de la boue. Mais ce refus, qui montrait en lui un si parfait contemplateur des biens terrestres, lui gagna encore davantage l'affection du soudan ; et quoiqu'il ne voulût ou n'osât embrasser la foi chrétienne, il supplia cependant le saint d'accepter ses dons afin de les distribuer pour son salut aux pauvres chrétiens ou aux églises. François, qui avait en horreur de porter le fardeau des richesses et ne voyait d'ailleurs aucun sentiment de vraie piété dans l'âme du soudan, n'acquiesça en aucune façon à ce qu'il souhaitait. Ensuite, reconnaissant qu'il n'aurait aucun succès auprès de cette nation et qu'il ne pouvait obtenir l'objet de ses désirs, averti par une révélation du ciel, il revint en Europe. ( Legenda major , Chapitre IX)

[modifier] La légende des Fioretti

Comment saint François alla pour convertir le Sultan [2] Saint François, poussé par le zèle de la foi du Christ et le désir du martyre, alla une fois outre-mer avec douze de ses saints compagnons, pour se rendre tout droit près du sultan de Babylone. Et arrivant dans une contrée des Sarrasins, où les passages étaient gardés par certains hommes si cruels, qu'aucun des chrétiens qui vint à y passer ne pouvait échapper à la mort, il plut à Dieu qu'ils ne furent pas mis à mort, mais pris, battus et liés et menés devant le Sultan. Et étant devant lui, saint François, instruit par l'Esprit-Saint, prêcha si divinement la foi du Christ que pour elle aussi, il voulait entrer dans le feu. Aussi, le Sultan commença-t-il à avoir une grande dévotion pour lui, tant pour la constance de sa foi, que pour le mépris du monde qu'il voyait en lui; parce que, bien qu'étant très pauvre, il ne voulait recevoir aucun don de lui; et aussi pour la ferveur du martyre qu'il voyait en lui. Et pour cela, le Sultan l'écoutait volontiers, le pria de revenir le voir, souventefois, lui accordant à lui et à ses compagnons de pouvoir prêcher librement partout où il leur plairait. Et il leur donna un signe par lequel ils ne pouvaient être offensés de personne. Ayant donc reçu cette liberté, saint François choisit ses compagnons et les envoya deux à deux, dans les diverses régions des Sarrasins pour y prêcher la foi du Christ; et lui, avec l'un d'eux, choisit une contrée et, y arrivant, il entra dans une auberge pour se reposer.

Or, dans ce lieu était une femme très belle de corps, mais à l'âme perverse : cette femme maudite poussa saint François au péché. Et saint François lui dit: "J'accepte, allons au lit". Et elle le mena dans la chambre. Saint François dit: "Viens avec moi, je te mènerai à un lit bien plus beau". Et il la mena à un très grand feu qui se faisait dans cette maison; et dans la ferveur de l'esprit il se dépouilla tout nu, et se jeta à côté de ce feu sur l'espace embrasé; et il invita celle-ci à se dépouiller et à se coucher avec lui sur ce beau lit de plumes. Et saint François demeurant ainsi longtemps avec un visage joyeux, sans être brûlé, et ne bronzant point, cette femme épouvantée par un tel miracle, le cœur plein de componction, non seulement se repentit de son péché et de sa mauvaise intention, mais se convertit aussi parfaitement à la foi du Christ et devint d'une telle sainteté que par elle beaucoup d'âmes se sauvèrent dans cette contrée.

A la fin, saint François, voyant qu'il ne pourrait faire plus de fruits dans ces régions, se disposa, par révélation divine, à retourner parmi les fidèles avec tous ses compagnons; et les ayant réunis tous ensemble, il retourna vers le Sultan et prit congé de lui. Alors le Sultan lui dit: "François, je me convertirai volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant, parce que si les gens d'ici le savaient, ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons. Et comme tu peux faire encore beaucoup de bien, et que j'ai à expédier certaines affaires de très grande importance, je ne veux pas maintenant pousser à ta mort et à la mienne; mais enseigne-moi pour que je puisse me sauver et je suis prêt à faire ce que tu m'imposeras". Saint François dit alors: "Seigneur, je vais maintenant vous quitter; mais ensuite quand je serai retourné dans mon pays, et que je serai allé au ciel par la grâce de Dieu, après ma mort, je t'enverrai, selon qu'il plaira à Dieu, deux de mes frères de qui tu recevras le baptême du Christ et tu seras sauvé, comme me l'a révélé mon Seigneur Jésus-Christ. Et toi, pendant ce temps, dégage-toi de tout embarras, afin que, quand viendra à toi la grâce de Dieu, elle te trouve préparé à la foi et à la dévotion". Le Sultan promit de le faire, et il le fit.

Cela fait, saint François s'en retourna avec le vénérable collège de ses saints compagnons et quelques années plus tard saint François, par la mort corporelle, rendit son âme à Dieu. Et le Sultan, étant tombé malade, attendit la promesse de saint François et fit mettre des gardes à certains passages, ordonnant que si deux frères, en habit de saint François, venaient à s'y montrer, ils fussent de suite menés vers lui. En ce même temps, saint François apparut à deux frères et leur commanda d'aller sans retard près du Sultan et de lui procurer son salut selon que lui-même le lui avait promis. Les frères se mirent à l'instant même en chemin, et passant la mer, ils furent par lesdits gardes menés près du Sultan. Et en les voyant, le Sultan eut une très grande joie et dit: "Maintenant je sais vraiment que Dieu a envoyé ses serviteurs vers moi pour mon salut, selon la promesse que, par révélation divine, me fit saint François". Recevant donc desdits frères les enseignements de la foi du Christ et le saint baptême, ainsi régénéré dans le Christ, il mourut de cette maladie, et son âme fut sauvée par les mérites et les œuvres de saint François.

A la louange du Christ. Amen.

[modifier] La rencontre

Saint François vu par les musulmans : "Une autre homonymie remarquable concerne l’utilisation du mot « pauvre ». Ce mot désigne à la fois les disciples (i poveri) de Saint François d’Assise (1182-1226) et les aspirants d’une voie soufie (foqaras en arabe, derviches en persan). La doctrine de Saint François d’Assise visant au dépouillement intérieur afin de déloger la toute puissance de l’égo présente beaucoup de similitudes avec l’enseignement propre aux voies soufies. Saint François d’Assise effectua plusieurs voyages au Maroc et en Egypte et prônait d’entretenir avec les musulmans des relations courtoises en évitant tout esprit de controverse, ce qui tranchait des relations belliqueuses qu’entretenaient les deux communautés à cette époque : « Tout ce qu’il y a de bon dans les écrits des païens (musulmans) n’appartient ni aux païens ni à qui que ce soit, mais à Dieu seul, de qui nous vient tout bien. »

Une entrevue datée de 1219 est restée célèbre entre Saint François d’Assise accompagné de quelques disciples d’une part, et le sultan al-Mâlik al Kâmil assisté du soufi Fakhr ad din Farisi, lointain disciple de Hallaj, d’autre part. On ne connaît pas les propos qui furent échangés à cette occasion, mais on sait que l’entretien dura plusieurs jours et qu’il s’acheva par de chaleureuses salutations réciproques. "[3]

[modifier] Notes et références

  1. http://www.capucin.org/quiest-3.html
  2. Fioretti, CHAPITRE 24
  3. Institut du soufisme en France


[modifier] Voir aussi




[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie


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Copyright : Éditions Franciscaines,¨Paris, Saint François d'Assise : Documents (1981)
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