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Jean de Montecorvino
De Wikitau.
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[modifier] L’homme et le frère mineur
Giovanni de Montecorvino (en français, Jean de Montcorvin) est né vers 1247, selon l’âge qu’il se donne dans sa lettre du 8 janvier 1305, à Montecorvino, dans l’Italie du Sud. Aucune indication ne nous est parvenue sur sa jeunesse, ni même sur la date de son entrée dans l’Ordre franciscain. On sait par le témoignage du frère Jean de Marignolli, qui séjourna à Khambaliq (Pékin) comme légat du Pape, vers 1345, soit quelques années après la mort de Jean, qu’il fut un frère mineur très érudit et savant, et qu’il avait été tout d’abord soldat, juge et médecin. On pense cependant qu’il dût entrer assez tôt dans l’Ordre franciscain et qu’il y était considéré comme un frère très savant. Il est certain qu’il eut une activité missionnaire exceptionnelle, car il fut tout d’abord envoyé en Petite Arménie et en Perse, vers 1287-1288, où il acquit quelques notions de langues orientales.
Ce pays était déjà évangélisé, depuis les origines du christianisme, mais était considéré comme schismatique parce que n’ayant pas adhéré au Concile de Chalcédoine (451), sur les deux natures humaine et divine du Christ. La petite Arménie était la Cilicie, où s’étaient réfugiés les chrétiens arméniens, pour échapper aux invasions des Turcs Seldjoukides. Sous la pression continuelle des Turcs, les dirigeants arméniens firent appel à la chrétienté latine qui répondit en envoyant des missionnaires dominicains (1237) et franciscains (à partir de 1247). De là, Jean fut envoyé en Perse, par le ministre général Bonagrazia, où il aurait fondé un couvent à Sis. Le roi Hayton II renvoya Jean de Montecorvino à Rome, pour en faire son légat auprès du Pape Nicolas IV, afin de relancer une union entre Arméniens et Chrétiens latins.
[modifier] La mission de Jean en Extrême-Orient
Le Pape Nicolas IV (frère Jérôme d’Ascoli) qui connaissait Jean de Montecorvino, voulut profiter de son expérience missionnaire de l’Orient pour le charger d’une mission bien plus considérable : il l’envoya, muni de vingt-six lettres de recommandation auprès des souverains des pays d’Orient, jusqu’au lointain pays de Cathay (la Chine), pour favoriser l’union entre chrétiens et obtenir l’évangélisation et la conversion des non-chrétiens. Car le bruit courait en Occident que les Mongols pourraient s’ouvrir au christianisme.
[modifier] Le voyage et la mission en Inde
Jean partit de Rieti à la mi-juillet 1289 et s’embarqua à Venise pour Antioche de Syrie. Il traversa à nouveau la Petite Arménie, jusqu’à Sis où résidait Haytoun II. De là, par terre, il remonta jusqu’à la Mer noire, monta vers le Caucase depuis Erzurum. Il atteignit Tauris en 1290, où se trouvait déjà une résidence de frères dominicains et franciscains. Il rencontra le prince Argun qui avait bien accueilli les frères, ce pourquoi Jean lui remit une lettre de remerciement de la part du Pape.
Il profita de ce séjour en région bienveillante pour s’initier à la langue tartare, le Ouigür, qui servait de langue véhiculaire aux Mongols. Ses premiers compagnons demeurèrent en ces régions, tandis que Jean poursuivit son voyage avec deux nouveaux compagnons : le commerçant italien Pierre de Lucalongo qui l’accompagna jusqu’au terme, et le dominicain Nicolas de Pistoie qui mourut en Inde. Ils reprirent la mer dans le golfe persique et débarquèrent sur les côtes orientales de l’Inde.
Dans sa lettre de 1305, Jean résuma son séjour en Inde : « J’ai quitté Tauris en l’an du seigneur 1291, pour l’Inde où j’ai séjourné dans l’église de saint Thomas pendant 13 mois. J’y ai baptisé en divers lieux une centaine de personnes environ. Mon compagnon de route était le frère Nicolas de Pistoie de l’Ordre des Frères prêcheurs, qui est mort là et a été enterré dans ladite église ».
[modifier] La mission en Chine
On manque d’information sur le voyage du missionnaire, de l’Inde vers la Chine. On sait seulement qu’il partit par mer de Meliapur et qu’il débarqua à Zaïton (Tsiuan-Tcheou) dans le Fo-Kien afin de gagner Khambaliq (Pékin, aujourd’hui Bei-jing) qui était la capitale de la Chine, le pays de Cathay, et la résidence du Grand Khan Qubilaï, vers qui il était envoyé, mais qui venait de décéder (1294).
Son successeur Temür reçut l’envoyé du Pape avec une certaine solennité. Mais Jean s’aperçut bien vite que les dispositions du Khan et de son entourage ne laissaient présager aucune conversion possible. Néanmoins, il tint son rôle de légat du Pape et bénéficia d’une certaine faveur de la part du Khan qui l’autorisa à s’établir dans la capitale , à annoncer l’évangile et à construire une église.
Il se heurta tout d’abord à l’hostilité des chrétiens nestoriens, présents en Chine depuis plusieurs siècles et tolérés à la cour du Grand Khan. Jean porta sur eux un jugement très sévère, mettant en cause leur connaissance de la foi chrétienne, leurs mœurs dissolues et leur avarice. Ils réussirent plusieurs fois à détourner la faveur du Khan, et même, pour un temps, à faire emprisonner le missionnaire franciscain. Mais, peu à peu, Jean intéressa quelques mongols à la foi chrétienne, en particulier parmi les femmes du harem et de la parenté du Khan. Et même un prince royal, Korgis, connu comme le prince Georges, de la tribu nestorienne des Ongüt, embrassa la foi chrétienne, ainsi que son fils, et un nombre important de ses sujets. Ce fut la première communauté catholique de rite latin, chez les Mongols. Jean construisit, à leur intention une église à Olöm-Sume (vers 1950, des archéologues chinois découvrirent en ce lieu les restes d’une église du XIIIe s.).
Il avait aussi acheté des jeunes garçons abandonnés à leur naissance et qu’il avait rassemblés dans un orphelinat organisé comme une petite communauté monastique où l’on récitait et chantait l’office divin. À leur intention, Jean avait traduit en Ouigür le psautier, l’ordinaire de la messe et des pages des évangiles. Le Khan appréciait que l’on récite des prières à son intention et se plaisait à entendre sonner les cloches du couvent et à écouter les chants des orphelins. Jean avait construit une première église, avec clocher et trois cloches, juste en face la résidence royale. Il construisit aussi une deuxième église sur un terrain acheté à cette intention par le commerçant italien qui l’accompagnait et secondait son ministère.
[modifier] Le premier archevêque de Pékin
L’aventure missionnaire de Jean de Montecorvino ne fut connue en Occident que plus de 15 ans après son arrivée à Khambaliq, c’est-à-dire 18 ans après son départ de Rieti. Les responsables de l’Ordre franciscain le croyaient mort. Plusieurs papes s’étaient succédés et même avaient quitté l’Italie pour s’installer en Avignon.
En 1305, Jean réussit à faire parvenir au Pape une lettre, datée du 8 janvier 1305, par l’intermédiaire d’un commerçant italien de passage à Khambaliq, puis une deuxième lettre l’année suivante. Il y rapportait son ministère en Inde, puis son passage en Chine, avec l’accueil fait par les Mongols et les résultats de son évangélisation missionnaire. Il disait avoir construit 3 églises, baptisé environ 6000 personnes…qui auraient pu être 30000 si les Nestoriens n’avaient entravé son ministère. Il demandait du renfort pour la mission.
Sitôt connue, la lettre suscita l’enthousiasme en Occident, tant à la Curie pontificale que dans les communautés des religieux mendiants, franciscains et dominicains, dont beaucoup furent volontaires pour partir à leur tour. Le Pape Clément V, en 1307, résolut de faire de Jean le premier archevêque de tout l’Orient occupé par les Mongols. Il fit désigner sept frères mineurs qui furent consacrés évêques avant leur départ en mission : les survivants devraient consacrer le nouvel archevêque et se mettre sous sa juridiction pour étendre la mission. Trois seulement arrivèrent à destination et imposèrent les mains à Jean de Montecorvino, les autres étaient morts en route. Et même, de ces trois, un seulement survécut, le frère André de Pérouse qui devait plus tard succéder à Jean, et qui en attendant devint évêque de Zaïton où il construisit une église (en 1962, en démolissant les fortifications de cette ville ancienne, les Chinois découvrirent la pierre tombale du frère André de Pérouse).
Jean de Montecorvino devenu archevêque, continua son ministère pour lequel il reçut plusieurs fois du renfort. Selon la bulle papale de sa nomination, il « avait cure d’âme sur tous ceux qui vivaient dans l’empire des Tartares… » Ce fut le plus grand diocèse de la chrétienté, qui s’étendait de la mer de Chine jusqu’aux Balkans !
Jean mourut à Khambaliq en 1328, à l’âge de 81 ans, vénéré par tout le peuple. Chrétiens et païens lui firent de grandioses funérailles. Huit ans après sa mort, le Khan écrivit au Pape pour demander de nouveaux missionnaires.
La chrétienté fondée par les franciscains dura jusque vers 1368, puis disparut peu à peu, surtout en raison d’un changement de dynastie : les Ming se montrèrent hostiles au chrétiens, tandis que l’Europe, décimée par la grande peste ne pouvait plus envoyer de nouveaux missionnaires. L’Église latine traversait la crise du Grand Schisme qui détournait son intérêt pour la mission. Il faudra attendre le XVIe siècle, avec l’arrivée des missionnaires Jésuites, Matteo Ricci et ses compagnons pour la relance de l’évangélisation en Chine.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Sa première lettre
La première de ces lettres est datée de Cambalic (Khan-balik) le 8 janvier 1305 :
*« Etant arrivé dans le Kathai, domaine du grand khan , empereur des Tartares, je remis à ce souverain les lettres du pape, en l'engageant à embrasser la foi catholique de Notre-Seigneur Jésus-Christ; mais il tenait trop à l'idolâtrie. Toutefois il se montra bienfaisant envers les chrétiens. Je suis à sa cour depuis plus de deux ans. Quelques Nestoriens, qui se disent chrétiens, mais qui ne se conforment guère aux préceptes de la religion chrétienne, ont une si grande autorité dans ce pays qu'ils ne souffrent pas qu'un chrétien appartenant à un autre rite possède un petit oratoire ou prêche sa doctrine. Jamais disciple des Apôtres n'a pénétré dans ce pays; aussi les Nestoriens m'ont-ils fait souffrir de cruelles persécutions, soit par eux-mêmes, soit par des personnes qu'ils avaient gagnées à prix d'argent, soutenant que je n'étais pas envoyé par notre seigneur le pape, mais que j'étais un espion et un sorcier. Puis ils apostèrent de faux témoins, qui déclarèrent que j'avais tué dans l'Inde un ambassadeur étranger qui portait à l'empereur de riches trésors dont je m'étais emparé. Ces machinations durèrent environ cinq ans, pendant lesquels je fus plusieurs fois traduit en justice et menacé de périr d'une mort ignominieuse. Enfin, par la grâce de Dieu, l'empereur finit par connaître et mon innocence et la malice de mes persécuteurs. Ceux-ci furent envoyés en exil, avec leurs femmes et leurs enfants. Je restai ici seul de missionnaire pendant onze ans. Il y a environ deux ans que le frère Arnold, Allemand de la province de Cologne, vint partager mes travaux. J'ai bâti une église dans la ville de Cambalic, principale résidence de l'empereur. Cette église est achevée depuis six ans ; elle a un clocher, où j'ai fait placer trois cloches. J'ai baptisé environ 6.000 personnes, et sans les machinations dont j'ai parlé j'en aurais baptisé plus de 30.000. J'ai acheté successivement cent cinquante garçons, fils de païens, âgés de sept à onze ans, gui n'avaient encore aucune religion, et je les ai baptisés. Je leur ai enseigné les lettres latines et grecques. J'ai transcrit pour leur usage des psautiers ainsi que trente hymnaires et deux bréviaires ; en sorte que onze de ces jeunes garçons savent déjà notre office et chantent au chœur, comme cela se pratique dans nos couvents, que je sois présent ou non. Plusieurs d'entre eux transcrivent des psautiers et quelques autres livres. Je fais sonner les cloches à toute heure. Je célèbre l'office divin en présence de ces enfants, et nous chantons de mémoire ; car je ne possède pas d'office noté. Si j'avais pu avoir l'assistance de deux ou trois religieux, peut-être l'empereur se serait-il fait baptiser. Il y a déjà douze ans que je n'ai reçu aucune nouvelle ni de la cour de Rome ni de notre ordre, et que j'ignore l'état des affaires en Occident. Je supplie le général de notre ordre de m'envoyer un antiphonaire, une légende des saints, un graduel et un psautier noté pour modèle ; car je n'ai qu'un bréviaire portatif avec de courtes leçons et un petit missel. Si j'en avais un exemplaire complet, les enfants pourraient le copier. Je fais bâtir une seconde église. « J'ai appris la langue et l'écriture tartares, et j'ai déjà traduit dans cet idiome tout le Nouveau-Testament et le Psautier, que j'ai fait transcrire en fort beaux caractères. Enfin j'écris, je lis et je prêche la parole de Dieu. » (Luke Wadding, Annales des Frères mineurs, tome VI)
[modifier] Sa seconde lettre
Dans sa seconde lettre, écrite vers la fin de l'année 1305, et dont on ne possède qu'une partie, Jean de Montecorvino annonce aux frères mineurs missionnaires en Perse qu'il fait bâtir une seconde église à un jet de pierre de la porte du palais de l'empereur et que le terrain avait été acheté par un marchand nommé Petrus de Luealango, qui l'avait accompagné depuis la ville de Tauris, et lui en avait fait présent pour l'amour de Dieu. Il y avait de cette église à la première, bâtie dans l'intérieur de la ville, une distance de deux milles et demi. « Quand nous chantons, écrit-il, l'empereur peut nous entendre de ses appartements. J'ai mes entrées au palais et une place fixe à la cour en qualité de légat du pape. L'empereur m'honore plus que tous les autres prélats, quels qu'ils soient. »
Outre les articles des Dictionnaires :
- Regina Müller : Jean de Montecorvino, Premier archevêque de Chine , dans Neue Zeitschrift für Missionswissenschaft,1988, pp. 81-284,(article en français).
- Luc Mathieu, ofm, L'élan missionnaire des origines franciscaines, in "Évangile Aujourd'hui" N°109, p.22 s.
- A. van den Wingaert, Jean de Montcorvin, premier évêque de Khanbaliq..., in "La France Franciscaine", VI (1923), 135-186.

