2012 : 800 ans de la fondation des Sœurs pauvres par sainte Claire
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Loup de Gubbio

De Wikitau.

L'un des plus célèbres chapitres du Livre des Fioretti de saint François d'Assise. -

Voilà ce qu'en disait le fr. Damien Vorreux, dans l'édition des sources franciscaines : " Dans les Actus, 28 ; titre : D'un loup très féroce réduit par saint François à une très grande douceur. Parmi les animaux innombrables qui tiennent une très large place dans les récits hagiographiques, « frère loup » est probablement le plus fameux et le plus sympathique. On peut dire qu'il possède à lui seul toute une « littérature » et beaucoup d’œuvres d'art lui ont été consacrées. Il n'est guère de « franciscanisant » qui n'ait tenu à émettre un avis sur l'authenticité, voire sur la date, de sa conversion. Les diverses opinions peuvent être ainsi résumées : pure allégorie ; - adaptation d'une légende ancienne, étrangère à saint François ; - miracle réel ; - transposition, sous une forme dramatique et pittoresque, soit de la délivrance de Gubbio ravagée par des loups, (cf., pour Greccio, LP 34 ; 2 C 35-36, LM 8 11), soit du voyage de saint François au monastère de San Verecondo, près de Gubbio, au cours duquel il répondit à des paysans qui l'engageaient à s'arrêter par crainte de loups féroces : « Je n'ai fait faire à frère loup aucun mal, qui lui permette d'avoir l'audace de dévorer notre frère âne », (cf. MF 1906, p. 7 et suiv. ; AF 1908, p. 70) ; - transformation de l'histoire d'un brigand avec qui les habitants de Gubbio auraient fait la paix par l'entremise de saint François. La tradition de Gubbio – où l'on aurait récemment trouvé le crâne d'un loup à l'endroit qui passait depuis longtemps pour être le tombeau de cette brave bête - fixe l'épisode à 1220, mais si on le rattache au voyage de saint François à San Verecondo, dont il vient d'être question, il serait postérieur à la stigmatisation. Sur les monuments de Gubbio, qui rappellent le souvenir de « frère loup », - qui était peut-être une louve ! - cf. P.N. Cavanna 1. c., p. 258 et suiv. ; Miscellanea francescana, 1906, p. 33 et suiv." (François d'Assise, Documents , 2è ed.p. 1116)



Sommaire

[modifier] CHAPITRE 21 - Fioretti :

DU TRÈS SAINT MIRACLE QUE FIT SAINT FRANÇOIS QUAND IL CONVERTIT LE TRÈS FÉROCE LOUP DE GUBBIO.

Au temps où saint François demeurait dans la ville de Gubbio, apparut dans la campagne environnante, un très grand loup, terrible et féroce, qui dévorait non seulement les animaux mais aussi les hommes, en sorte que tous les habitants vivaient en grande peur, car il s’approchait souvent de la ville ; et tous partaient armés quand ils sortaient des murs, comme s’ils avaient marché au combat ; et malgré tout cela, qui le rencontrait seul ne pouvait se défendre de lui. Et par peur de ce loup on en vint au point que personne n’osait plus sortir des murs.

C’est pourquoi saint François ayant pitié des gens de cette ville, voulut sortir face à ce loup, bien que les habitants le lui déconseillassent complètement ; et ayant fait le signe de la sainte croix, il sortit des murs avec ses compagnons , mettant en Dieu toute sa confiance. Et les autres hésitant à aller plus loin, saint François s’achemina vers le lieu où était le loup. Et voici que sous les yeux de beaucoup d’habitants, qui étaient venus voir ce miracle , le loup arriva, la gueule ouverte, à la rencontre de saint François et s’approchant de lui saint François fit sur lui le signe de la croix, l’appela et lui parla ainsi : « Viens ici, frère loup je te commande de la part du Christ de ne faire de mal ni à moi ni à personne. » Chose admirable ! Aussitôt que saint François eut tracé la croix, le terrible loup ferma la gueule et cessa de courir et, au commandement, il vint, paisible comme un agneau, se jeter couché aux pieds de saint François. Alors saint François lui parla ainsi : « Frère loup, tu fais par ici beaucoup de dommages, et tu as commis de très grands méfaits, blessant et tuant sans sa permission les créatures de Dieu ; et non seulement tu as tué et dévoré les bêtes, mais tu as eu l’audace de tuer et de blesser les hommes faits à l’image de Dieu, ce pourquoi tu mérites les fourches comme voleur et assassin très méchant ; et tout le monde crie et murmure contre toi, et toute cette ville t’a en inimitié. Mais je veux, frère loup, faire la paix entre toi et ceux-ci, de telle sorte que tu ne les offenses plus, et qu’ils te pardonnent toutes les offenses passées, et que ni les hommes ni les chiens ne te poursuivent plus. » Ces paroles dites, le loup, par les mouvements de son corps, de sa queue et de ses oreilles, et en inclinant la tête, témoignait qu’il acceptait ce que saint François disait et qu’il voulait l’observer. Alors saint François dit : « Frère loup, puisqu’il te plaît de faire et de garder cette paix, je te promets de te faire donner toujours ce qu’il te faut, tant que tu vivras, par les hommes de cette ville, et ainsi tu ne pâtiras plus de la faim, car je sais bien que c’est la faim qui t’a fait commettre tout ce mal. Mais puisque je t’obtiendrai cette grâce, je veux, frère loup, que tu me promettes de ne plus nuire jamais ni à aucun homme ni à aucun animal : me promets-tu cela ? » Et le loup, en inclinant la tête, fit évidemment signe qu’il promettait. Et saint François dit : « Frère loup, je veux que tu me fasses foi de cette promesse, afin que je puisse bien m’y fier. » Et saint François étendant la main pour recevoir sa foi, le loup leva la patte droite de devant, et la mit familièrement dans la main de saint François, lui donnant ainsi le signe de foi qu’il pouvait. Alors saint François dit : « Frère loup, je te commande, au nom de Jésus-Christ, de me suivre maintenant sans rien craindre, et nous allons conclure cette paix au nom de Dieu. » Et le loup obéissant s’en vint avec lui comme un doux agneau, ce que voyant les habitants s’émerveillèrent grandement. Et la nouvelle se répandit sur-le-champ par toute la ville ; aussi tous les gens, grands et petits, hommes et femmes, jeunes et vieux, se pressèrent vers la place pour voir le loup avec saint François. Et tout le peuple y étant bien réuni, saint François se leva, et prêcha, leur disant entre autres choses comment pour leurs péchés Dieu permettait de tels fléaux, et combien le feu de l’enfer, qui doit durer éternellement pour les damnés, est plus redoutable que la rage du loup, qui ne peut tuer que le corps : « Combien est donc à craindre la gueule de l’enfer quand la gueule d’un petit animal tient en peur et tremblement une telle multitude. Tournez-vous donc vers Dieu, mes bien-aimés, faites pénitence de vos péchés, et Dieu vous délivrera du loup dans le présent, et dans l’avenir du feu de l’enfer. » Et la prédication terminée, saint François dit : « Ecoutez, mes frères : frère loup, qui est ici devant vous, m’a promis, et il m’en a donné sa foi, de faire la paix avec vous et de ne jamais plus vous offenser en rien, si vous lui promettez de lui donner chaque jour ce qui lui est nécessaire ; et moi je me porte garant pour lui qu’il observera fidèlement le pacte de la paix. » Alors tout le peuple promit d’une seule voix de toujours le nourrir. Et, en présence de tous, saint François dit au loup : « Et toi, frère loup, promets-tu d’observer avec eux le pacte de paix, en sorte que tu n’offenseras plus ni les hommes, ni les animaux, ni aucune créature ? » Et le loup s’agenouilla, inclina la tête et, par de doux mouvements du corps, de la queue et des oreilles, montra, autant qu’il lui était possible, de vouloir observer avec eux toutes les conditions du pacte. Saint François dit : « Frère Loup, je veux que, comme tu m’as donné, hors des portes, foi de cette promesse, tu me donnes de même ici, devant tout le peuple, foi de ta promesse et que tu ne me duperas pas dans la garantie que j’ai donnée pour toi. » Alors le loup, levant la patte droite, la posa dans la main de saint François. Et pour cet acte et pour les autres qui viennent d’être rapportés, il y eut une telle admiration et allégresse dans tout le peuple, autant pour la dévotion du Saint que pour la nouveauté du miracle et pour la paix du loup, que tous commencèrent à crier vers le ciel, louant et bénissant Dieu de leur avoir envoyé saint François qui par ses mérites les avait délivrés de la gueule de cette bête cruelle. Le loup vécut ensuite deux ans à Gubbio, et il entrait familièrement dans les maisons, de porte en porte, sans faire de mal à personne et sans qu’il lui en soit fait ; il fut courtoisement nourri par les habitants, et quand il allait ainsi par la ville et par les maisons, jamais aucun chien n’aboyait contre lui. Finalement, après deux ans, frère loup mourut de vieillesse, ce dont les habitants eurent grande douleur, car en le voyant aller si paisible par la ville, il se rappelaient mieux la vertu et la sainteté de saint François .

A la louange du Christ. Amen. (traduction Alexandre Masseron)

[modifier] Le récit du moine de Verecundo[1]

Il faut savoir, raconte un moine-écrivain de San Verecondo, que ce soir-Ià, saint François était en route pour Gubbio. (Gubbio est une petite cité fort ancienne dont les fortifications dévalent en zigzag le flanc du mont Igino). Un frère l'accompagnait ; lui-même, en guise de manteau, portait un vieux sac sur les épaules ; à son habitude, il chevauchait un âne, depuis qu'il avait les pieds stigmatisés. Non loin de l'abbaye, des paysans, qui l'avaient reconnu, l'arrêtèrent et lui dirent :

" Frère François, ne va pas plus loin aujourd'hui ; reste avec nous pour la nuit ; il y a de méchants loups qui rôdent aux environs ; vous risquez, ton compagnon et toi, d'être attaqués, et l'âne d'être dévoré. - Quel mal ai-je fait à mon frère le loup pour qu'il veuille nous mordre et manger mon frère l'âne ? répondit François. Soyez tranquilles, craignez Dieu ; bonsoir mes enfants. "... Et il continua son chemin sans encombre. Quand il arriva à Gubbio, il n'y était bruit que de loups. L'un d'eux surtout faisait parler de lui. D'une taille et d'une férocité extraordinaires, toujours affamé, il mangeait non seulement les animaux, mais aussi les hommes et les femmes qui se présentaient. On en avait tellement peur qu'on s'armait de pied en cap pour sortir de la ville. Mais cette bête féroce s'était habituée à dévorer les gens les mieux armés, et vint le moment où presque personne n'osa plus s'aventurer hors des murs. Dieu, cependant, pour faire éclater la sainteté de son serviteur, lui inspira d'affronter ce loup furieux ; et quoique tous le conjurassent de n'en rien faire, il partit à sa rencontre avec son compagnon. Les gens de Gubbio étaient montés sur les remparts et sur les toits pour voir ce qui allait se passer. Pleins d'effroi, ils aperçurent bientôt le loup qui, la gueule ouverte, s'élançait sur saint François ; mais d'un signe de croix, celui-ci l'arrêta et lui referma la gueule : " Viens ici, frère loup, dit-il. Au nom du Christ, je te défends désormais d'être méchant. " A ces mots, le loup, tête baissée, vint se coucher à ses pieds." Frère loup, continua le bienheureux, j'ai eu la douleur d'apprendre les crimes épouvantables que tu as commis dans la contrée, allant jusqu'à tuer des êtres créés à l'image de Dieu. Aussi mériterais-tu de périr dans les tourments, comme le pire des assassins, et je comprends que les gens de Gubbio te détestent. Je veux pourtant te réconcilier avec eux, de manière qu'ils n'aient plus rien à craindre de toi, et que toi non plus tu n'aies plus rien à redouter de leurs chiens ni d'eux-mêmes. " Par toutes sortes de signes, le loup témoigna de la satisfaction que lui causait ce discours. Saint François ajouta : " Si tu consens à faire la paix, Frère loup, j'obtiendrai qu'on te nourrisse jusqu'à la fin de ta vie, car au fond, je le sais, c'est la faim qui te pousse à commettre tant de méfaits. Promets-tu de ne plus faire de mal à personne, ni aux gens ni aux bêtes ? " Le loup inclina la tête pour montrer qu'il était d'accord ; et afin de sceller son engagement, il mit sa patte droite dans la main que lui tendait le bienheureux. Celui-ci le ramena dans la ville. Le loup suivait son bienfaiteur comme un agneau. Tous deux s'arrêtèrent sur la grand-place où la population de Gubbio s'était rassemblée.François fit alors un sermon admirable où il montra que ce sont nos péchés qui nous attirent les fléaux de Dieu en ce monde et qui, en l'autre, nous précipitent dans la gueule de l'enfer, bien plus redoutable, celle-là, que la gueule des loups les plus enragés. Il engagea ses auditeurs à la pénitence, puis il ajouta : " Mon Frère le loup ici présent jure de ne plus jamais vous nuire, si, de votre côté, vous vous engagez à le nourrir jusqu'à son dernier jour. Quant à moi, j'ai reçu un gage de sa promesse et je me porte caution qu'il tiendra parole. "D'une voix unanime, l'assemblée jura qu'elle prendrait soin du loup. Celui-ci s'agenouilla de nouveau, et, inclinant la tête, remuant la queue, hochant les oreilles et remettant sa patte droite dans la main du bienheureux, attesta une fois encore qu'il respecterait ce traité de paix. Il n'y manqua jamais, pendant les deux ans qu'il vécut encore. La ville pourvoyait à son entretien. Pour lui, il allait et venait librement, entrant même dans les maisons, sans molester personne, et sans que les chiens aboyassent après lui. Il mourut de vieillesse et son décès fut un deuil universel, car on avait fini par s'attacher à lui ; et surtout, à le voir se promener paisiblement dans la ville, on se rappelait saint François dont le souvenir était resté si cher aux habitants de Gubbio.

[modifier] Saint Ambroise

Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église [2] « Comme des agneaux au milieu des loups »  : «En envoyant des disciples à sa moisson, qui avait bien été semée par le Verbe du Père, mais qui demandait à être travaillée, cultivée, soignée avec sollicitude pour que les oiseaux ne pillent pas la semence, Jésus leur déclare : « Voici que je vous envoie comme des agneaux parmi les loups »... Le Bon Pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau ; ces disciples sont envoyés non pour être une proie, mais pour répandre la grâce. La sollicitude du Bon Pasteur fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre ces agneaux qu'il envoie. Il les envoie pour que se réalise la prophétie d'Isaïe : « Alors loups et agneaux iront paître ensemble » (Is 65,25)... D'ailleurs, les disciples envoyés n'ont-ils pas ordre de n'avoir même pas un bâton à la main ?...»


[modifier] Notes et références

  1. Note: Anonymous, Passion of San Verecondo, soldier and martyr. Lemmens, Testimonia minora Source du texte ici http://yclady.free.fr/gubbio.html .
  2. Commentaire sur l'évangile de Luc, 7, 45.59 (trad. cf. SC 52, p. 23s rev.)

[modifier] Liens externes

[modifier] Liens connexes

[modifier] Bibliographie

  • Julia Hanna, San Francesco e il lupo di Gubbio. Un messaggio di pace fra tutte le creature, 2009
  • Luigi Marioli O.F.M., in La Chiesa di Santa Maria della Vittorina a Gubbio, Note storice con appendice sull'iconografìa eugubina di San Francesco e il lupo. Nota introduttiva a cura di Luigi Marioli, 2007.
  • R.P. Bruckenberger, Saint François et le Loup, 1971
  • Claude Quinard, Le Loup de Gubbio, ou le Miracle de Saint François d'Assise, Spes, 1936
  • Ozanam, Les Poètes Franciscains en Italie au Treizième Siecle


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Copyright : Éditions Franciscaines,¨Paris, Saint François d'Assise : Documents (1981)
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