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Marie, la Vierge immaculée
De Wikitau.
L’Ordre franciscain, à partir du XIVe siècle s’est fait le champion de la doctrine de l’Immaculée conception de la Vierge Marie. C’est à dire qu’en prévision de sa maternité divine, dans l’engendrement humain du Fils de Dieu, elle a été sanctifiée dès sa conception même, dans le sein de sa mère, afin qu’aucun mal n’affecte sa nature humaine qui devait engendrer le Très Saint. - La Vierge Marie immaculée dans sa conception est, sous ce vocable, la patronne céleste de l’Ordre franciscain.
Sommaire |
[modifier] Préhistoire du Dogme
Après les grands acquis dogmatiques sur la maternité divine et la Virginité de Marie, on s’interrogea sur sa sainteté éminente : celle qui devait engendrer le Très-Saint ne pouvait pas avoir été marquée par le péché. On pensait que Marie avait été sanctifiée dès le sein de sa mère, puisque d’autres personnages de la Bible : Jérémie[1] et Jean-Baptiste[2] l’avaient été. On institua même, en Orient, une fête de la sanctification de Marie, puis de sa conception, mais on butait sur deux difficultés, bien exprimées par Saint Augustin.
[modifier] La théologie scolastique
D’après St Augustin [3], tous les hommes naissent marqués du Péché originel, et d’autre part la rédemption du Christ a été universelle et donc a affecté sa propre mère qui aurait eu, elle aussi, besoin de rédemption. Or si elle avait échappé au Péché originel, elle n’aurait pas eu besoin de rédemption. Les grands théologiens scolastiques, tous fervents disciples d’Augustin, adoptent la position de saint Bernard qui 50 ans auparavant avait reproché aux chanoines de Lyon de célébrer une fête de la conception immaculée de Marie : saint Bonaventure, franciscain, comme saint Thomas d’Aquin, le docteur dominicain, enseignent clairement que Marie a été sanctifiée, dès le sein maternel, avant sa naissance, mais non pas dès sa conception, et qu’elle n’a pas connu le péché par la suite, afin de préparer au Verbe de Dieu une demeure digne de lui. L’un et l’autre ne veulent pas aller à l’encontre des conclusions de saint Augustin selon ces trois affirmations :
- Tout homme né à la suite d’un acte charnel contracte en sa nature le péché originel qui affecte toute la descendance d’Adam ;
- Le Christ n’a pas connu cet héritage, puisqu’il n’est pas né d’un commerce charnel ;
- Marie, comme tous les humains a bénéficié de la rédemption acquise par les mérites de la passion de Jésus-Christ.
- Or, pensaient-ils, puisqu’elle a engendré le Christ, elle ne pouvait recevoir de lui, qui lui était postérieur, d’être préservée du Péché originel.
[modifier] L’apport de la théologie anglaise
Cependant plusieurs théologiens anglais continuaient à enseigner la conception immaculée de Marie, selon les affirmations d’Eadmer, le secrétaire d’Anselme de Cantorbery. En particulier le grand théologien Robert Grossetête, chancelier de l’université d’Oxford et plus tard archevêque de Lincoln, qui écrivit un traité de la "conception immaculée de Marie". Or Robert est ce maître d’Oxford qui, le premier, accueillit les frères mineurs venus fonder l’Ordre avec le frère bx Agnello de Pise (1223), ancien provincial de Paris. Non seulement il les protégea, mais il accepta de les accueillir à l’université d’Oxford, et d’enseigner dans leur couvent d’études. Ce qui influença considérablement la pensée franciscaine, à travers Adam de Marsh, Alexandre de Halès, Roger Bacon, Guillaume de Ware enfin qui fut le maître de Bx Jean Duns Scot. Cependant, les anglais n’avaient pas encore trouvé l’argumentation décisive qui établira la doctrine de l’Immaculée conception. Ce fut le mérite et la gloire du théologien franciscain le Bx Jean Duns Scot, (1265-1308).
[modifier] L’enseignement marial de Bx Jean Duns Scot,
Trois grandes intuitions président aux réflexions théologiques de Jean Duns Scot :
1- Avant de penser à l’homme pécheur, il faut réfléchir sur l’homme sanctifié. Car le dessein d’un Dieu d’amour ne peut pas être de vouloir créer des pécheurs pour les racheter ensuite ou les châtier dans leur rébellion, mais c’est de vouloir être aimé par des créatures libres en qui la grâce divine agirait pour les conduire à leur fin, la communion bienheureuse avec les Personnes divines, même si, du fait de leur liberté et de leur fragilité de créatures elles pourraient risquer de se perdre. Le dessein créateur est donc originellement un dessein de salut.
2- Jésus-Christ, qui en tant qu’homme est la créature la plus aimée de Dieu, donc la plus parfaite réalisation du dessein éternel de Dieu, ne peut pas devoir son existence à une cause contingente, à savoir la chute, même probable de l’homme. Il est le premier voulu, avant toute autre créature, parce que la volonté divine se porte d’abord sur celui qui peut le mieux réaliser son dessein éternel. C’est d’ailleurs ce qui a été révélé dans l’épître aux Colossiens : « Il est lui, l’image du Dieu invisible, le Premier-né avant toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux ou sur la terre… Tout a été créé par lui et pour lui (ou vers lui)… »[4].
3- Pour parler de Marie, il faut partir du Mystère du Christ, car elle appartient à ce mystère, elle fait partie de la prédestination de l’Incarnation. Dieu n’est pas soumis au temps des hommes, car son dessein est éternel, et éternelle en est la réalisation.
A partir de là, Duns Scot va résoudre les difficultés qui lui sont opposées par les théologiens qui tout en soutenant la sanctification de Marie dès avant sa naissance, hésitent encore à affirmer la sainteté même de sa conception.
1 - quant au Péché originel : Duns Scot n’admet pas qu’il soit transmis par l’union des corps, car dit-il justement, même si le corps est souvent l’occasion du péché, le péché est un acte de la volonté, il se situe dans l’esprit ou l’âme de celui qui pèche. C’est le fait d’appartenir à la nature humaine qui nous rend solidaires d’Adam et affectés par le Péché originel.
2 - Dieu n’est pas lié par le temps des hommes : d’ailleurs tous les justes de l’Ancien Testament ont bénéficié eux-aussi de la grâce rédemptrice que leur méritait la Rédemption de Jésus…à venir.
3 - Marie a elle aussi bénéficié des mérites de la Pâque de Jésus, or, une grâce qui préserve est bien plus éminente qu’une grâce qui guérit, rien ne s’opposait donc à ce qu’elle soit préservée du Péché originel du fait des mérites de Jésus-Christ, bien au contraire, cela “convenait” plus parfaitement et manifestait l’amour de prédilection que Jésus-Homme Dieu devait à sa mère, la créature la plus proche de lui, qui le porterait en son sein dans une intimité absolue. Ainsi est-elle celle qui a reçu en plénitude les grâces de la Rédemption. Non seulement elle n’échappe pas à la Rédemption universelle, mais elle en est la meilleure bénéficiaire.
Bien entendu, il n’appartient pas au théologien de décider ce que Dieu devait faire, mais il peut raisonner avec prudence sur ce qui s’est passé, de fait. C’est ce qui autorise la fameuse phrase attribuée à Duns Scot, en un résumé lapidaire : Dieu pouvait le faire, cela convenait hautement, il l’a donc réalisé [5]. Le Bx Duns Scot soutient donc que Marie, par une grâce singulière qui lui vient des mérites de son Fils a été totalement préservée du Péché originel, dès sa conception, en vue du rôle qui lui serait dévolu par Dieu de mettre au monde son Fils. Ce sont presque les termes qui seront retenus par la définition du dogme, par Pie IX, six cents ans plus tard.
D’autres théologiens franciscains, au cours des siècles défendirent le privilège de Marie, tels bx Raymond Lulle, Pierre Auriol, et tous les franciscains par la suite. Le grand prédicateur franciscain st Léonard de Port-Maurice, au XIXe siècle. rassemblait les foules pour annoncer l’Immaculée conception de Marie, et il composa une prière pour obtenir la définition de cette doctrineRef ? [6].
[modifier] La Définition du Dogme
Le Pape Pie IX, membre du Tiers-Ordre de saint François, avait une grande dévotion à Marie. Après avoir consulté l’épiscopat du monde entier et avoir recueilli une grande majorité de consentement, il définit ainsi la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie :
Le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus, Pie IX proclame solennellement l’Immaculée conception de Marie : "... Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles."
[modifier] En quoi ce dogme concerne chaque chrétien ?
- L’Immaculée Conception signifie pour nous la défaite absolue de Satan, telle qu’annoncée dès le livre de la Genèse, quand Dieu dit au serpent que la descendance d’Ève (Marie et Jésus) lui écrasera la tête [7]. Cf le théologien du XXe siècle Karl Rahner : « Rien d’autre n’est dit dans le dogme que ceci : Marie est celle qui fut radicalement rachetée… Bref, c’est le cas de l’homme racheté absolument et radicalement ». Ref ? [6]
- Pour les fidèles, il y a ainsi place pour l’admiration, la contemplation de Marie « chef-d’œuvre » de Dieu, devant toutes les autres créatures. Notre louange s’élève donc vers Dieu et vers son Christ.
- La création nous apparaît dans toute sa “positivité” : ce n’est pas le mal qui domine, mais la sainteté partagée, voulue par Dieu aux origines. L’homme parfait, c’est Jésus-homme, la créature la plus aimée et la plus sanctifiée par Dieu. Le péché est un accident malheureux qui dénature les fils et filles de Dieu : nous sommes moins “hommes” quand nous laissons le péché dominer en nous. Nous sommes “plus hommes” quand la grâce nous libère et nous accomplit. Marie a été créée par Dieu dans un état d’accomplissement, sans obstacle à l’action de la grâce en elle ; elle nous précède en humanité.
- La Nouvelle Ève est ainsi la « Mère des vivants de la vie nouvelle ». En engendrant l’humanité sainte de Jésus, elle donne au monde Celui qui donnera aux hommes la grâce plénière du Salut. Cf. St Ambroise de Milan : « Marie est un commencement des œuvres de Dieu : il n’est donc pas étonnant que le Dieu qui devait racheter le monde, ait commencé son œuvre par sa mère, afin que celle par qui le salut était préparé à tous, jouit la première du fruit du Salut… »[8]
- En contemplant Marie immaculée, nous avons la nostalgie de l’innocence originelle, qui doit nous faire désirer la conversion, dans notre itinéraire de pécheurs. Mais nous nous savons appelés à bénéficier du pardon miséricordieux de Celui qui nous a donné Marie pour mère. Celle qui n’a pas connu le péché, mais qui a vécu, souvent douloureusement, dans un monde de pécheurs, et qui a subi la violence du péché dans la Passion de son Fils, ne peut que compatir à nos faiblesses : on l’invoque comme “Refuge des pécheurs”. Elle nous remplit d’espérance quant au terme du Salut, de notre propre salut.
- sainte Claire d’Assise disait au moment de mourir : « Merci Seigneur de m’avoir créée ! »Ref ? [6]. En Marie et avec elle nous disons : Merci Seigneur d’avoir créé ce monde en vue de donner aux créatures spirituelles de partager avec Marie le bonheur éternel d’entrer en communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
- En attendant, nous nous confions avec assurance à l’intercession de celle qui est la plus proche du Christ-Sauveur, pour intercéder pour les pécheurs. Les grands prêtres d’Israël qui avaient la mission d’intercéder pour les péchés du peuple, devaient d’abord intercéder pour leurs propres fautes [9]. Comme Jésus, Marie n’a pas à intercéder pour ses propres fautes, son intercession est donc totalement en notre faveur et puissante sur le cœur de Dieu.
[modifier] Notes
- ↑ Jr 1, 5
- ↑ Lc 1, 15
- ↑ De peccatorum meritis et remissione, III, 7, 14 PL 44, 194), etc
- ↑ Col 1, 13-20
- ↑ Deus potuit, hoc decuit, autem fecit
- ↑ Référence nécessaire.
- ↑ Gen 3, 15
- ↑ In Evangel.S. Lucae, ad ch.1
- ↑ Hb 7,27

